Honne and Tatemae : favorite Japanese word of the month

version française après l’anglaise.

This month, we  study a concept that is a foundation of Japanese culture. It  is a concept that is crucial to understand not to create precedents in your relations with Japanese people and communicate so that everyone understands each other.

The Honne 本 音 means true sound and Tatemae 建 前 is facade. The Honne represents the true feelings, well hidden behind the Tatemae.

Although I knew this concept before living in Japan, it was only after a few very frustrating situations that I discovered its true dimension.
It is easy to be an ethnocentrist in this kind of case and to consider that the Japanese are hypocrites, but it is simply a cultural difference that I will try to give you the keys to understanding.

Japan is an island whose surface is small compared to the population and is also affected by hostile geographical conditions: few natural resources, prone to earthquakes, tsunami (Japanese word!) And typhoons.
The Japanese people had to learn very early to cooperate to ensure their survival: the harmony of the group and the avoidance of the conflict are paramount.

While in France (and more generally in the West) we will promote personal opinions or debate, in Japan it is considered virtuous to preserve the interlocutor and share a common vision to preserve the 和 wa (harmony). It is interesting to note that the prefix wa- is used to designate everything that is Japanese (washoku for Japanese food, wafuku for Japanese clothing etc …).

To reject the Honne / Tatemae duality is to stand up against the good functioning of Japanese society, and run the risk of being excluded from the group. Again, do not take the concepts in their absolute. The Japanese are not robots without emotions as they like to describe the Western media. They have their own way of expressing their opinion or their discontent, only in a roundabout way so as not to put their interlocutor in an awkward position. These techniques are also extremely ingenious and always surprise me.

Here is a recent example rooted in my daily life: I live in collocation with 10 young Japanese women, each of us has her room and we share the rest of the house, including the refrigerator. I recently made the mistake of leaving a pumpkin part wrapped in aluminum whose juice has flowed into the common part.
I found a word on the refrigerator door « I allowed myself to move some products from the common areas because there was a leak, I apologize for the freedom I took ».
In appearance, my roommate apologizes for moving products in the refrigirator.
In fact, she moved only one thing: my pumpkin to put a sheet of kitchen paper under it. She chose the plural and did not name anyone so that I wouldn’tfeel incriminated, even if she knows very well that the pumpkin belongs to me.
In this way, I am made aware of what happened, but it avoids a direct confrontation « Klara, your pumpkin leaked in the fridge! ». We avoid conflict, but I understood the message well, I’ll be careful from now on.
I will even add that I feel all the more embarrassed than if she had confronted me, because she apologizes for having touched my pumpkin, while there is nothing wrong with that in this situation, she actually cleaned up the mess I made (double awkward!). I will be from now on very vigilant to maintain the cleanliness of the refrigerator, and feel indebted to it.

With experience, I learned to decode the Honne behind the Tatemae. I must admit that it was in situations where I had confused politeness with kindness and thought that I was appreciated when it was not the case (another strategy of conflict avoidance consists of complaint to the superior of the person concerned rather than directly :)).
A French friend told me this rather funny anecdote: he works in an insurance company in Tokyo, and his superior comes to see him one day asking him to stop using a vulgar vocabulary during work. My friend is surprised because he does not speak Japanese, and all his colleagues are Japanese and don’t really speak english. He then understood that on rare occasions, while his computer bugged, for example, he had let slip a « putain » in French. His colleagues knew the meaning of this word and had reported the case to the superior rather than tell him directly or just let it flow as one would expect in France.
To bend every day to Honne and Tatemae is a real source of stress and frustration (yes, the Japanese have emotions behind the facade, I told you!).
There are several outlets such as karaoke, arcades, pachinko, battling center or nomikai (飲 み 会). The nomikai is a convention to meet colleagues after work (sometimes with the boss too) to drink, it is then accepted to let out a few complaints and release some steam. I was very surprised at my first nomikai to see that they can then become pretty blunt, see their Honne reassured me and allowed me to feel closer to my colleagues and roommates (it’s a privilege that takes time to deserve, especially as a foreigner!).

Good luck 🙂

Version française

 

Ce  mois-ci, nous étudions un concept qui est un fondement de la culture japonaise et qu’il est crucial de comprendre pour ne  pas  créer de précédents dans vos relations avec les japonais et communiquer de manière à ce que chacun se comprenne.

Le  Honne 本音 signifie vrai son et Tatemae 建前, façade. Il s’agit de la différence entre l’être et le paraître. Le Honne représente les sentiments véritables, bien cachés derrière le Tatemae.

Même si je connaissais ce concept avant de  vivre au Japon, ce n’est qu’après quelques  situations  très frustrantes que j’ai découvert sa réelle dimension.
Il est facile d’être ethnocentriste dans ce genre de cas et considérer que les japonais sont des hypocrites, mais il s’agit simplement d’une différence culturelle dont je vais essayer de vous donner les clés de compréhension.

Le Japon est une île dont la surface est restreinte comparée à la population et elle est également  affectée par des conditions géographiques  hostiles : peu de ressources naturelles, sujette aux tremblements de terre, tsunami (mot d’origine japonaise !) et typhons.
Le peuple japonais a dû apprendre très tôt à coopérer pour assurer  sa survie : l’harmonie du groupe et l’évitement du conflit  sont primordiaux.

Alors qu’en France (et de manière plus générale en Occident) on va favoriser les opinions personnelles ou le débat, au Japon il est  considéré comme vertueux de préserver son interlocuteur et de partager une vision commune  pour préserver le   和 wa (harmonie). Il est intéressant de noter que  le préfixe wa- sert à désigner tout ce qui est japonais (washoku pour la nourriture japonaise, wafuku pour l’habillement japonais etc…).

Refuser la dualité Honne/Tatemae, c’est  se dresser contre le bon fonctionnement de la société japonaise, c’est courir le risque de se faire exclure du groupe. Encore une fois, il ne faut pas prendre les concepts dans leur absolu. Les japonais ne sont pas des robots sans émotions comme se plaisent à les décrire les médias occidentaux. Ils ont leurs propres moyens d’exprimer leur opinion ou leur mécontentement, seulement de manière détournée afin de ne pas mettre son interlocuteur en porte à faux. Ces techniques sont d’ailleurs extrêmement ingénieuses et me surprennent en permanence.

Voici un exemple récent ancré dans ma vie quotidienne : je vis en collocation avec 10 jeunes femmes japonaises, chacune de nous a sa chambre et nous partageons le reste de la maison, dont le réfrigérateur. J’ai récemment  fais la bêtise d’y  laisser une part de potiron enroulée dans de l’aluminium dont le jus a coulé dans la partie commune.
J’ai trouvé un mot sur la porte du réfrigérateur « Je me suis permise de déplacer  certains produits des parties communes car il y a eu une fuite dans celle -ci, je m’excuse de cette liberté que j’ai prise ».
En apparence, ma colocataire s’excuse d’avoir déplacer des  produits du réfrigérateur.
En réalité,  elle n’a déplacé qu’une chose : mon potiron pour le déposer sur une feuille de sopalin. Elle a choisi le pluriel et n’a nommé personne pour ne pas que je me sente incriminée, même si elle sait très bien que le potiron m’appartient.
De cette façon, je suis mise au courant de ce qu’il s’est passé, mais elle évite une confrontation directe « Klara, ton potiron a coulé dans le frigo ! ».   Nous évitons un conflit, mais j’ai bien compris le message, je ferai attention à partir de maintenant.
Je rajouterai même que je me sens d’autant plus gênée que si elle m’avait confrontée, car elle s’excuse d’avoir touché mon potiron, alors qu’il n’y a rien de mal à ça dans cette situation, au contraire elle a nettoyé à ma place (double gêne !). Je serai donc à partir de maintenant très vigilante à maintenir la propreté du réfrigérateur, et me sent redevable envers elle.

Avec l’expérience, j’ai appris à décoder le Honne derrière le Tatemae. Je dois bien avouer que ça a été dans des situations où j’avais confondu politesse avec gentillesse et  pensé à tort qu’on m’appréciait alors que ce n’était pas le cas (une autre stratégie d’évitement du conflit consiste à se plaindre au supérieur de la personne concernée  plutôt que directement 🙂 ).
Un ami français m’a d’ailleurs rapporté cette anecdote assez drôle : il travaille dans une entreprise d’assurance à Tokyo, et son supérieur vient le voir un beau jour en lui demandant de cesser d’employer un vocabulaire grossier pendant le travail. Mon ami est étonné car il ne parle pas japonais, et tous ses collègues sont japonais, et ne parlent pas vraiment anglais. Il a ensuite compris qu’en de rares occasions, alors que son ordinateur buggait par exemple, il avait laissé échapper un « putain » en français.   Ses collègues connaissaient le sens de ce mot et avait reporté l’affaire au supérieur plutôt que de lui dire directement  ou simplement laisser couler comme on pourrait s’y attendre en France.

Se plier au quotidien au Honne et au Tatemae est une réelle source de stress et de frustration  (mais oui, les japonais ont des émotions derrière la façade, je vous l’ai dit !).
Il existe plusieurs exutoires comme le karaoke, les salles d’arcade, de pachinko, les battling center ou encore le nomikai (飲み会). Le nomikai est une convention   de se retrouver entre collègues après le travail (parfois avec son patron également) pour boire, il est alors accepté de laisser échapper quelques plaintes et relâcher un peu de vapeur. J’ai été  très surprise lors de mon premier nomikai de voir qu’ils peuvent alors y aller très franchement,  voir leur Honne m’a rassurée et m’a permis de me sentir plus proche  de mes collègues et colocataires (c’est un privilège qui prend du temps à mériter, surtout en tant qu’étrangère !).

Bon courage  🙂

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