Kabuki – maledictions, deities and dances.

Kabuki : danced epic theatre

version française à la suite de l’anglaise

I once again take advantage of Japonismes 2018 to introduce an exquisite product of Japanese culture: kabuki (歌舞 伎).

As you know my love for kanji, here is a decomposition of the word:

: ka = singing

: bu = dance

: ki = technical skill

Kabuki is therefore a traditional form of Japanese dance theater whose specificities are acting, make-up and spectacular costumes. The whole is accompanied musically by shamisen players (Japanese string instrument) and singers. The scenery and the epic scenic devices make this genre very attractive even for neophyte audiences.

History of kabuki

We find the origins of kabuki around the year 1600, it was then a priestess named Okuni who gave representations. The themes were quite sulphurous (disguised as a man, she staged a character having a good time in a neighborhood of pleasure).
The genre was later taken over by prostitutes as a means of development of their business, in order to attract and retain customers (a premise of marketing isn’t it?). The first « official » theater was founded a few years later (1624) in what is now Nihonbashi (Tokyo).

The Tokugawa Shogunate (the ruling military system), who viewed these light-hearted representations with a very negative eye, significantly restricted the development of women’s kabuki, thus putting the male kabuki on the front of the stage (women’s roles were then played by young boys).

2 kabuki tales : Kasane and Narukami

« Iromoyô Chotto Karimame Kasane » Nakamura Shido as Yoemon ©Kishin Shinoyama, Nakamura Shichinosuke as Kasane ©Shochiku

The two pieces I want to talk about more specifically were played at Japonismes 2018 at the Théâtre de la danse de Chaillot. This is an incredible opportunity because the teams who came to do the show are true Japanese stars of Kabuki: Nakamura Shidô II (for the role of the man) and Nakamura Shichinosuke II (for the role of the woman). They performed two pieces from the classical repertoire: Iromoyo Chotto Karimame Kasane and Narukami.
I find it particularly interesting to dwell on the scripts of these plays because they are very representative of Japanese legends (and therefore very different from ours), with a strong spirituality and strings of destiny that cross generations.

Iromoyô Chotto Karimame Kasane

This play, very dramatic shows two lovers running away : the rônin (samurai who no longer has a master) Yoemon and court girl Kasane. Burning for each other with a love without a future, they decide to make a double suicide on the banks of the Kine River (this practice was more or less common at a time when few were able to unite just because they loved each other).
Suddenly appears on the water a skull pierced with a sickle and a sotoba (funerary woodboard). It is the skull of a man that Yoemon killed in the past, the husband of his former mistress who is none other than the father of Kasane. He then removes the sickle and breaks the skull, Kasane writhes in pain (this is the spirit of his father unhappy to see his daughter running away with his killer). Yoemon (this vile being) also assassinates Kasane when she understood everything, but in the end, he is the fool because he ends up chased by the vengeful ghost of Kasane, and good luck with that.

We find here a classic narrative of Japanese literature (as found as well in The Tale of the Genji) where the red threads of destiny that binds souls continue over generations (Genji falls in love with cousins ​​of his deceased mother from generation to generation , digging more and more the age gap he has with his mistresses).
The supernatural is also always present, in the form of yokais, born of the most powerful human feelings (here the anger of Kasane takes the form of a yurei – female ghost).

Narukami

An emperor of the Heian era (794 – 1185, my favorite period!) Is very annoyed: a spiteful greatmonk (Narukami) imprisoned Ryujin (the god of the rain with the appearance of a dragon) in a waterfall. The rain has stopped since, a famine is coming. The emperor then sends his best card: the princess Kumo no Taema (light between the clouds), the most beautiful of the empire. She seduces by many stratagems (mimicking for example her passage from a river by raising her kimono) Narukami, who falls into the trap.
While she managed to make him drunk and sleep deeply, she frees Ryujin and runs away

« NARUKAMI » Nakamura Shido as Monk Narukami ©Kishin Shinoyama, Nakamura Shichinosuke as Princess Kumonotaema ©Shochiku

quietly. Narukami waking up understands that he was played and enters a terrible fury (represented by a dance that left me speechless).
This piece shows another aspect of the Japanese imagination: the gods and humans inter-react, and the gods are not all mighty. They have weaknesses (even emotions) like humans, and it’s about living in harmony with them to receive their favors. That’s why every year, (even today!) The Japanese gather in their neighborhoods to wander the deities of the local temple in mikoshis to receive his blessing for another year.

I advise all those who go to Tokyo to book tickets to Kabuki-za (in Ginza). It is possible to go to a scene only, for those who are frightened by a show in Japanese. Even without understanding the replicas, you will not be disappointed with it 🙂

 Version française

Je profite encore une fois de Japonismes 2018 pour introduire un exquis produit de la culture japonaise : le kabuki (歌舞伎).

Comme vous connaissez mon amour pour les kanjis, voici une décomposition du mot :

: ka = chant
: bu = danse
ki = habileté technique

C’est donc une forme traditionnelle du théâtre japonais dansé dont les spécificités sont un jeu d’acteur, du maquillage et des costumes spectaculaires. Le tout est accompagné musicalement par des joueurs de shamisen (instrument à cordes japonais) et des chanteurs.
Les décors ainsi que les dispositifs scéniques épiques rendent ce genre très attractif même pour des audiences néophytes.

Histoire du Kabuki

On retrouve les origines du kabuki vers l’an 1600, c’était alors une prêtresse nommée Okuni qui donnait des représentations. Les thèmes étaient assez sulfureux (déguisée en homme, elle mettait en scène un personnage prenant du bon temps dans un quartier de plaisir).
Le genre a été ensuite repris par les prostituées comme moyen de mise en valeur, afin d’attirer et de fidéliser les clients (un prémisse du marketing n’est – il pas ?).

Le premier théatre « officiel » fut fondé quelques années après (1624) dans ce qui est aujourd’hui Nihonbashi (Tokyo).
Le shogunat Tokugawa (système militaire au pouvoir) voyant d’un très mauvais œil ces représentations aux mœurs légères restreignit considérablement le développement du kabuki féminin, ce qui permit de mettre sur l’avant de la scène le kabuki masculin (les rôles féminins étaient alors joués par de jeunes garçons).

2 pièces de Kabuki : Kasane et Narukami

 

Les deux pièces dont je veux vous parler plus précisément ont été jouées lors de Japonismes 2018 au théâtre de la danse de Chaillot.
Il s’agit d’une chance incroyable car les troupes qui sont venues en représentation sont de véritables stars japonaises du Kabuki : Nakamura Shidô II (pour le rôle de l’homme) et Nakamura Shichinosuke II (pour le rôle de la femme).

Ils nous ont interprété deux pièces du répertoire classique : Iromoyô Chotto Karimame Kasane et Narukami. Je trouve particulièrement intéressant de s’arrêter sur les scénarios de ces pièces car elles sont très représentatives des légendes japonaises (et donc très différentes des nôtres), avec une forte spiritualité et des liens qui traversent les générations.

Iromoyô Chotto Karimame Kasane

 

Cette pièce, très dramatique montre la fuite de deux amants : le rônin (samouraï qui n’a plus de maître) Yoemon et la demoiselle de compagnie Kasane. Brûlant l’un pour l’autre d’un amour sans avenir, ils décident d’effectuer un double suicide sur les berges de la rivière Kine (cette pratique était plus ou moins commune à une époque où peu étaient capables de s’unir par amour).
Apparaît alors sur l’eau un crâne transpercé d’une faucille  et un sotoba (planche de bois funéraire). C’est le crâne d’un homme que Yoemon a tué autrefois, le mari de son ancienne maîtresse qui n’est autre QUE LE PERE DE KASANE.
Il retire alors la faucille et brise le crâne, Kasane se tord de douleur (c’est l’esprit de son père mécontent de voir sa fille avec son assassin).
Yoemon (cet être vil) assassine également Kasane lorsqu’elle a tout compris, mais le voilà bien embêté car il est poursuivi par le fantôme vengeur de celle-ci.

On retrouve bien une narration classique de la littérature japonaise (comme par exemple dans Le Dit du Genji) où les fils rouges du destin qui lie les âmes se poursuivent au fil des générations (Genji tombe amoureux de cousines de sa défunte mère de génération en génération, creusant de plus en plus l’écart d’âge qu’il a avec ses maîtresses). Le surnaturel est également toujours présent, sous la forme de yokais, nés des sentiments humains les plus puissants (ici la colère de Kasane, qui prend la forme d’une yurei – fantôme féminin).

Narukami

Un empereur de l’ère Heian (794 – 1185, ma période favorite !) est bien embêté : un grand moine rancunier (Narukami) a emprisonné Ryujin (le dieu de la pluie ayant l’apparence d’un dragon) dans une cascade. La pluie a cessé depuis, une famine s’annonce. L’empereur envoie alors sa meilleure carte : la princesse Kumo no Taema (lumière entre les nuages), la plus belle de l’empire. Elle séduit par de nombreux stratagèmes (mimant par exemple son passage d’une rivière en relevant son kimono) Narukami, qui tombe dans le piège. Alors qu’elle a réussi à l’enivrer au saké et qu’il dort profondément, elle libère Ryujin et s’enfuie discrètement.
Narukami en se réveillant comprend qu’on s’est joué de lui et rentre dans une terrible fureur (représentée par une danse qui m’a laissé sans voix).

Cette pièce montre un autre aspect de l’imaginaire japonais : les dieux et les humains inter-réagissent, et les dieux ne sont pas tout puissants. Ils ont des faiblesses (voir même des émotions) comme les humains, et il s’agit de vivre en harmonie avec eux pour recevoir leurs faveurs. C’est la raison pour laquelle tous les ans, (même aujourd’hui !) les japonais se réunissent en quartier pour balader les divinités du temple local dans un mikoshi, et ainsi recevoir sa bénédiction pour une année supplémentaire.

Je conseille à tous ceux qui se rendent à Tokyo de réserver des ticket à Kabuki-za (à Ginza) pour aller voir du kabuki. Il est possible d’aller voir une scène seulement, pour ceux qu’une pièce entièrement en japonais effraie. Même sans comprendre les répliques, vous ne serez pas déçus du voyage 🙂

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